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Maurice YAMEOGO : le parcours d’un grand homme

Le premier président de la république de la Haute Volta Maurice YAMEOGO est né le 31 décembre 1921 à Koudougou. A sa naissance, il s’appelait Nawalgmba YAMEOGO avant de se convertir au catholicisme en 1929 sous le prénom de Maurice. Celui-là qu’on appelle affectueusement ‘’le père de l’indépendance » au pays des hommes intègres a connu une histoire mouvementée, marquée par des rivalités, des succès mais aussi des rejets et même des tentatives de suicide. Voici son histoire.

Après le petit séminaire de Pabré, Maurice YAMEOGO intègre en 1939 la fonction publique en tant que commis expéditionnaire sous le système colonial. Sa carrière professionnelle l’emmène en Côte d’Ivoire en 1940. Mais très vite, il s’engage dans la politique et à la première assemblée territoriale de Côte d’Ivoire, il est élu le 15 décembre 1946, conseiller général de Koudougou. A l’époque, la Haute Volta a été supprimé et reparti entre le Soudan français, la Côte d’Ivoire et le Niger. C’est Philippe Zinda KABORE, l’un des députés de la colonie de Côte d’Ivoire au parlement français qui avait pour mission de reconstituer le territoire. Selon des observateurs de la scène politique, Maurice YAMEOGO se serait rapproché de lui en vue d’accélérer son ascension politique. A sa mort le 24 mai 1947, Maurice YAMEOGO se positionne comme son héritier spirituel. Le 04 septembre 1947, la Haute Volta est reconstituée. La loi instituant l’assemblée territoriale est voté le 31 mars 1948. Maurice YAMEOGO aurait siégé au sein de cette assemblée de 50 sièges au nom de la formation politique de Philippe Zinda KABORE, le Parti Démocratique Voltaïque (PDV), une section locale du Rassemblement Démocratique Africain (RDA). Après avoir accumulé des échecs aux élections partielles (30 mai et 20 juin 1948) et législatives (27 juin 1948), il décide de rejoindre l’Union Voltaïque (UV) conduit par Nazi BONI.  A 26 ans, Maurice YAMEOGO est élu le 28 juillet 1948, grand conseiller de l’Afrique Occidental Française (AOF) pour le compte de la Haute Volta. Il se présente aux élections territoriales de 1952 et rencontre à nouveau un échec. Le conseiller de l’AOF redevint un simple commis expéditionnaire aux ordres du gouverneur français Albert Mouragues avec qui il entretient des relations tendues du fait de son appartenance au RDA qualifié de communiste.

En 1956, Maurice YAMEOGO rejoint le Mouvement Démocratique Voltaïque (MDV) fondé par Gérard Kango OUEDRAOGO et Michel DORANGE en tant que contrôleur financier. Aux élections territoriales du 30 mars 1957, il remporte les sièges de la circonscription. Il intègre le premier gouvernement formé par Daniel Ouezzin COULIBALY comme ministre de l’agriculture. En 1958, à la suite des tensions entre partis politiques, une majorité voit le jour avec l’UDV-RDA entrainant la dissolution du gouvernement. Maurice YAMEOGO est propulsé numéro 02 du gouvernement avec le portefeuille stratégique de ministre de l’intérieur. A la mort de Ouezzin COULIBALY en septembre 1958, Maurice YAMEOGO assure l’intérim avant d’être élu le 20 octobre président du conseil de l’Entente regroupant quatre pays à savoir la Cote d’Ivoire, la Haute Volta, le Niger et le Dahomey. Celui qu’on surnomme ‘’Monsieur Maurice’’ va réussir à former un gouvernement d’union et rallier l’opposition à sa cause.

Le 11 décembre 1958, la république de la Haute Volta est proclamée et Maurice est élu le 11 décembre 1959 président de la république sans opposition. Il proclame l’indépendance du pays le 05 août 1960. Il règne d’une main de fer de 1959 à 1966. Cependant, le 03 janvier 1966, il démissionne à la suite d’un soulèvement populaire. Il est escorté, sous l’ordre de Sangoulé LAMIZANA à Koudougou. Le 06 janvier 1966, le président déchu est placé en résidence surveillée à Ouagadougou. Ce dernier vit très mal cette détention au point de tenter de se suicider en décembre 1966. Son ami Houphouët BOIGNY fait pression sur Paris pour obtenir sa libération mais le Général De Gaulle n’obtient qu’une promesse. En 1968, Maurice YAMEOGO tente une seconde fois de se suicider en absorbant une forte dose de nivaquine. Finalement, il est condamné le 08 mai 1969 à l’issu d’un procès tenu à huis clos à cinq ans de travaux forcés, au bannissement à vie et à la déchéance de ses droits civiques.

Mais l’ancien président sera libéré le 05 août 1970. Il est réhabilité en mai 1991 par Blaise COMPAORE et recouvre ses droits civiques ainsi que ses biens. En septembre 1993, il tombe gravement malade et se rend à Paris pour recevoir des soins. Au regard de son état de santé qui ne s’améliore pas, Maurice YAMEOGO demande à être renvoyé à Koudougou, son village natal, afin de reposer auprès de ses ancêtres. L’avion n’aura pas le temps d’atterrir, ‘’le père de l’indépendance’’ rend son dernier soupir le 15 septembre 1993. Ses funérailles sont organisées le 17 septembre de la même année, en présence de nombreuses personnalités de la sous-région.

Sanata GANSAGNE

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